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A PROPOS DE L'UKRAINE, par Dominique Lévèque

 

     On n’est pas obligés d’être dupes de la guerre informationnelle que mènent la Russie et les Etats-Unis au sujet de la guerre en Ukraine. Ni de faire semblant de méconnaître la nature du régime de Moscou ou de ne pas voir le basculement en cours à Washington.

 

   

 

IHEDN

   La question qui se pose, c’est tout bonnement celle de comment mettre fin à la guerre en Ukraine et comment en Europe pourrait s’organiser à l’avenir notre sécurité.

Sauf à choisir de rester bloqués par nos récriminations à l’égard de Poutine et de sa tentation impériale, par notre sidération à l’égard de Trump et nos indignations devant la reprise d’une relation bilatérale du nouveau Pt américain avec la Russie.

 

   On n’est pas davantage obligés, côté européen, de faire semblant de se rassurer en discourant sur l’Europe de la Défense, qui n’existe pas, dont les Européens n’ont jamais voulu en vérité, pas plus que les peuples ne l’ont demandé à leurs dirigeants. Ce qui ne veut pas dire que le moment ne soit pas venu d’y réfléchir sérieusement, ni qu’il faille attendre les bras ballants que ça se passe – c'est à dire l’effondrement de l’Ukraine - il n’est pas imaginable de ne pas se poser la question, pas plus qu’il est imaginable de considérer que les pays européens pourraient à eux seuls prévenir cet effondrement sans que le niveau de défense de l’Ukraine soit renforcé. La voie la plus immédiatement praticable est celle d’un pilier européen de défense autour de quelques pays dans un premier temps : France, Grande-Bretagne , Allemagne, Pologne, Suède…. Hors UE de toutes les manières puisqu’elle n’en a, pour l’heure, pas la compétence.

Si j'ai du mal à imaginer que Poutine puisse attaquer un membre du l’Otan, en revanche il serait illusoire de penser que les Pays baltes n’ont rien à craindre et nous devrions en avoir le souci et déployer une stratégie dissuasive, en regard de la fixation du maître du Kremlin sur la question des Russes et des russophones. Cela étant, soyons honnêtes, la question de la maitrise des zones russophones ne date pas de Poutine. Et son obsession de la "Grande Russie" n'est pas prêt d'arranger les choses.

 

   Pour l’heure, de mon point de vue, le risque numéro un est celui de l’effondrement de l’Ukraine qui s’ajouterait dramatiquement aux souffrances du peuple ukrainien. L’enjeu, côté européen, est de sortir de cette seule vision morale d’un vilain dictateur qu’il faudrait abattre, qui n’apporte aucune solution géopolitique pratique, et qui, au passage fait peu de cas de la « désinvolture, » des erreurs stratégiques, des faux-pas pour le moins, des « Occidentaux », quand ce terme disait encore qch, qui ont, entre autres, entrouverte de manière fort peu opportune la porte à l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN en 2008...

 

   Sur un plan plus introspectif, il n’est plus temps de regretter l’absence d’une politique d’inclusion de la Russie dans un dispositif de sécurité plus vaste, parallèlement à l’élargissement de l’OTAN – ce qui était plutôt mon inclinaison perso à l’époque - , qui eût pu éviter la tragédie ukrainienne. On peut cependant noter ici que cette politique ne fut pas loin d’être mise en œuvre : sous la présidence de George Bush Sr, avec le soutien et/ou la recommandation de diplomates de premier plan comme Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski, ainsi que celui de la France et de l’Allemagne. Mais force est de se souvenir que sa possibilité a été rejetée sous les présidences Clinton et Bush Jr par une Amérique ivre de son sentiment d’alors d’hyperpuissance…

Le moment est venu, c’est ainsi, de redéfinir nos relations, tant avec les Russes qu’avec les Américains qui manifestement n’ont plus envie de jouer les protecteurs en et de l’Europe, même si le complexe militaro-industriel n’a pas fini d’avoir besoin de vendre en Europe. Je dirais même plus : il serait stupide, voire dangereux, ça n’est que ma conviction personnelle, ne serait-ce que du point de vue de notre propre sécurité à l’avenir, d’abandonner toute politique russe au profit des Etats-Unis...

 

Dominique Lévèque est secrétaire général du PRé

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